« 2008-05-14 | Page d'accueil | 2008-05-17 »
jeudi, 15 mai 2008
Il y aura l'école de la réussite et celle de l'échec
«Des classes de langue à 35, c'est impossible». C'est pourtant ce qui risque d'arriver au lycée Gambetta de Tourcoing l'an prochain, si Florian Berche, responsable nordiste de l'UNL, élève dans l'établissement, a bien fait ses calculs. On annonce cinq suppressions de postes, «alors qu'en S on est déjà 35 par classe».
«On met en difficulté ceux qui ont du mal à suivre», ajoute Simon en terminale S au lycée Picasso, dans le quartier populaire de la République, à Avion. Pour l'instant, ils sont 27 dans sa classe. «En TP, à 14, on est limite, le prof n'a pas toujours le temps de voir chacun». Avec le projet de supprimer une première S, il a calculé que ses collègues seront 38 l'an prochain. L'autre solution, c'est s'inscrire au lycée Condorcet de Lens, «mais ça veut dire quitter la maison à 7h et rentrer à 19h, et puis manger à la cantine, toutes les familles n'ont pas les moyens».
«Arnaque». «Cela fait cinq ans qu'on se chope les plus grosses suppressions de postes dans l'académie, alors qu'on a les plus bas résultats de France», dit un autre Simon, professeur d'histoire-géographie à la cité scolaire Emile-Zola, à Wattrelos. «Dans l'académie du Nord, 2/3 des suppressions sont liées à une baisse d'effectifs. C'est un raisonnement statistique, qui ne me paraît pas logique car on pourrait en profiter pour mener une vraie politique pour les collèges ambition réussite, qui ont un encadrement insuffisant. Mais ce que je n'admets pas, c'est qu'il y a un tiers des suppressions qui est lié à la politique de Sarkozy de dégager des heures supplémentaires.
Dans mon lycée, deux postes sont supprimés, soit 36 heures. Mais cent heures ont disparu. On va compenser la différence avec énormément d'heures supplémentaires, et en ratiboisant de ci, de là. Ces heures sup, c'est une arnaque financière. Elles sont moins bien payées que nos heures normales : 50% moins cher la première heure et 40% les suivantes. Surtout qu'une heure supplémentaire, ce n'est pas qu'une heure de travail, il y a tout ce qui va avec et qui fait le métier de professeur : la préparation des cours, la correction des copies, la rencontre avec les parents... Quand un professeur fait ses dix-huit heures de cours par semaine, cela correspond à 39 heures de travail, selon le ministère de l'Education nationale. Je refuse de faire ces heures supplémentaires car si j'accepte, cela va se payer sur la qualité des cours,je ne vois pas comment tu peux assurer le même suivi.»
Bruno Robin, directeur d'école à Flines-lez-Raches, près de Douai, et secrétaire départemental de la FSU est d'accord : «Un directeur d'école primaire est payé pour 27 heures de cours, mais travaille en moyenne 45 heures. Très peu d'enseignants accepteront la surcharge de travail des heures supplémentaires». Pour lui, l'avenir qui se construit avec les suppressions de postes, c'est «l'école de la réussite d'un côté et de l'autre celle de l'échec».
«Fainéant». Eva, professeur remplaçante en philosophie, approuve ce constat. Dans l'un des établissements où elle intervient, le lycée professionnel Gustave-Eiffel à Armentières, «en cinq ans, ce sont cinquante postes qui ont disparu. D'accord, c'est un gros bahut, avec 200 professeurs, mais ce sont des sections qui vont disparaître. Et cela va retomber sur qui ? Sur les élèves, qui auront encore moins le choix, qui devront aller à cinquante kilomètres pour avoir la formation qui les intéresse.» Ce qui la touche aussi, c'est que «la reconnaissance de notre travail, on ne peut pas dire que c'est le cas. Avant, l'instituteur, c'était une personnalité ; maintenant, le professeur, c'est un fainéant.» Alors qu'elle passe plus de 40 heures par semaine hors de chez elle, en assurant des remplacements dans trois établissements différents, à Armentières, Roubaix et Wattrelos.
Ric-rac. Pas de poste en moins cette année dans le collège d'Irène, prof de français à Lys-lez-Lannoy, près de Roubaix, mais il sera touché, «par ricochet. Des collèges voisins perdent des postes, des élèves vont arriver chez nous, les effectifs vont grimper». Elle a des classes à 29, «trop pour le collège», et une seule conseillère principale d'éducation pour 700 élèves. Le pire : impossible de s'occuper de l'absentéisme. «C'est ce que je ressens le plus durement. Les élèves qui décrochent, on ne fait pas grand chose pour les raccrocher. On est tellement ric-rac». Et puis il y a ceux qui sont là, mais éteints. Elle a découvert certains de ses élèves cette semaine : les effectifs avaient baissé à cause d'un voyage. «Tout le reste de l'année, on gère ceux qui posent problème, et ceux qui prennent la parole. Les élèves refermés, notamment à cause de la montée de la violence, on les découvre». Prof principal, elle est «assaillie» par les problèmes de discipline. «Je me dis, "j'ai une heure, je vais corriger des copies", je ne peux pas. Il faut téléphoner à des parents, régler des problèmes de vol de portable, d'élèves qui sèchent les cours, cachés dans l'établissement, de conflits avec des profs ou entre élèves». Le nombre d'élèves? : «Ce n'est pas les quatre copies à corriger en plus, le problème», elle est sûre qu'elle fait déjà plus de 40 heures. «Il y a des enfants qui ont besoin d'une vraie relation pour apprendre. Elle n'existe pas si ils sont nombreux. On perd des enfants comme ça».
Source : libélille
08:30 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Qui va garder les enfants ?
En tout, 2837 communes ont prévu ce jeudi un service minimum d'accueil dans les écoles... mais pas celle du ministre! Saint-Quentin (Aisne), dont Xavier Bertrand, ministre du Travail, est l'adjoint au maire depuis 1995, se dispensera d'appliquer les recommandations gouvernementales voir la liste complète ;Une fausse note qui ne manquera pas d'animer le débat, déjà très actif sur le web, sur le service minimum à l'école.
L'instit en grève, l'école reste ouverte. Tel est le souhait exprimé par Xavier Darcos, pour qui le mot grève est synonyme "d'emmerdement maximum" pour les parents d'élèves. La parade du ministre de l'Education nationale tient en trois lettres: SMA (Service minimum d'accueil).
Une priorité: faire garder les enfants
"En quoi le fait d'assurer aux parents que leurs enfants seront gardés, dans le cadre de l'école, en cas de grève des enseignants, est une remise en cause du droit de grève? Je crois que Monsieur Delanoe n'a pas conscience des difficultés provoquées par les mouvements de grève des enseignants pour les parents qui travaillent!"
Haro sur les fonctionnaires
Mais si la mesure n'a été appliquée pour la première fois qu'en janvier 2008, en cette veille de grève, les débats ont un air de déjà vu. Une nouvelle fois, les "privilèges" des fonctionnaires sont passés au crible. Avec, cette année, un attention toute particulière portée...aux vacances des enseignants.
Jean-Yves Pinet, ancien conseiller d'arrondissement UMP à la mairie du XVe arrondissement de Paris, s'est d'ailleurs livré à un petit calcul
"Sur la base de 18 semaines de congés par an et sur la base de quarante années de travail (ce qui n'est pas la réalité car c'est moins), cela fait 720 semaines de vacances. Si l'on compte en années, et bien c'est près de 14 années de vacances (13,84 pour être précis).
"Pour les salariés bénéfiiant de 5 semaines par an, avec le même calcul,c'est simplement 3,84 années. Juste 10 ans de congés de différence... Alors cela vaut bien un service minimum."
Mais les plus présents sur la toile sont les "anti-service minimum".
Ecole = garderie ?
Dans les faits, chaque ville pourra organiser l'accueil des écoliers, en ayant recours au personnel de diverses structures, telles que les centres de loisirs, par exemple. Le tout financé par les sommes retenues sur les salaires des enseignants grévistes.
[8]Il n'en fallait pas plus pour provoquer l'ire de certains internautes, qui y voient un dénigrement de la mission éducative de l'école. Cette institution ne serait-elle donc qu'une garderie? C'est ce qui hérisse le bloggueur François Duchamp, qui réagit [9]sur le blog de l'association mantoise Démocratie et citoyenneté locales [10]:
"On prévoit de payer des animateurs ou des personnels communaux pour faire garderie. Aïe, le gros mot est lâché. En effet, si cette garderie est le service minimum de l'école, c'est que l'école est avant tout un service de garderie qui sert à ce que les mômes ne traînent pas dans les rues comme pendant les jours de congé du mois de mai.
"C'est peut-être ce que 60 % des Français pensent. On peut aussi se faire une autre idée de l'école, du service public d'éducation."
Sans oublier les habituelles préoccupation sur la qualité des soins apportés à nos chères têtes blondes:
"Se pose également la question de la qualification du personnel pour garder les enfants: tous les agents municipaux ne sont pas forcément prêts pour garder ds enfants", explique [11] sur son blog Catherine Morin-Dessailly, sénatrice UDF de la Seine-Maritime.
Une remise en cause du droit de grève?
Mais les critiques les plus virulentes accusent le SMA de constituer une remise en cause du droit de grève, l'impact de la mobilisation étant limité par l'accueil des élèves, et les enseignants devant se déclarer grévistes 48h avant le début du mouvement
Mis au coeur du dispositif du SMA, certains maires ne se privent pas pour prendre position sur leurs blogs. Si les médias ont largement relayé les déclarations de Bertrand Delanoe assurant qu'il n'appliquera pas la mesure [13], les petites communes ne sont pas en reste.
Maire communiste de Pierre-Bénite, petite ville du Rhône, Mireille Elmalan ne veut pas entendre parler [15] de service minimum à l'école :
"La grève est un droit constitutionnel. Les personnels de l'Education nationale y sont contraints quand le gouvernement persiste à faire la sourde oreille à leurs revendications."
SMA = briseur de grève, cest l'équation retenue par les internautes anti-SMA. Jeune bloggueur de 18 ans, Benjamin Monnery, alias Zelittle, ne décolère pas
"Que l'Etat encourage les maires à prendre en charge les enfants, c'est atténuer grandement l'effet de la grève en pretextant un service rendu à la population (...)Face à des vices de forme et à l'esprit de forme de cette mesure (vider la grève de tout son interêt: son influence), on peut légitimement s'opposer à cette loi."
Source : rue89
BONUS : une nounou d'enfer
07:15 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

