« Le 1er Mai c'est quoi ? | Page d'accueil | Fond Public pour Ecole Privée »
02.05.2008
La religion dans nos assiettes
Sous la pression des représentants des musulmans, des bouddhistes et des associations pseudo-laïques, la mairie de Lyon a cédé aux religieux dans les cantines scolaires. Résultat : les enfants de Lyon auront des... menus sans viande. Histoire d’une régression.
« C’est une victoire de la laïcité sur la religion », répète Loïc Rigaud, directeur de SOS Racisme Rhône. C’est une question de point de vue. Suite à une table ronde réunissant cet été les divers cultes présents à Lyon et des associations (Ligue des droits de l’Homme, Ligue de l’enseignement, etc.), les cantines proposeront dès la rentrée 2008 un menu sans viande. Argument mis en avant pour justifier l’intrusion des autorités religieuses dans les choix alimentaires des écoles : sur 16 400 repas servis par jour, 30 % étaient repoussés par les petits Lyonnais.
« Nous n’avons pas de leçon de laïcité à recevoir ! » « Des conflits commençaient à apparaître dans certains quartiers », explique-t-on à la mairie. En fait de conflit, il s’agissait d’enfants qui ne voulaient pas manger des légumes ayant touché la viande et de cantiniers qui demandaient des consignes claires. Pressant la demande au printemps, la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) a suggéré à la mairie la tenue d’une table ronde avec les autorités religieuses. « Il faut prendre en compte cette évolution de la société, insiste Yves Fournel, maire adjoint chargé de la Petite enfance. Pour ces enfants, c’est une question de santé et ne pas agir serait considéré comme discriminant. » En juillet, la discussion a donc débouché sur un accord dont se félicite Patrick Kahn, président de la Licra du Rhône : « Nous n’avons pas de leçon de laïcité à recevoir ! Cette décision est le fruit d’un consensus, martèle-t-il. Ce n’est plus un problème marginal : on ne peut pas se contenter de mettre en avant ses principes face à un tel constat ! » Effectivement : il suffit de les rayer d’un trait de plume !
L’essor des écoles confessionnelles Passé le chiffre-choc des 30 % de refus de repas avec viande, deux faits apparaissent comme « départs de feu » de cette braderie de la laïcité à l’école. Le premier, c’est le constat d’échec dressé par la Licra sur la gestion du collège-lycée musulman de Décines, en banlieue de Lyon. Ouvert sans l’agrément de l’État, suite aux accrocs entre le recteur Alain Morvan et l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) qui avait amené au limogeage du premier par Nicolas Sarkozy, l’établissement compte aujourd’hui près de 170 élèves. « Personne ne sait ce qu’il s’y passe », regrette Patrick Kahn.
À cela s’ajoute le cas de deux familles bouddhistes qui, demandant des menus sans viande pour leurs enfants, s’étaient vu signifier par un responsable de cantine que, comparé aux 30 % de musulmans de la ville pour lesquels un repas sans porc était prévu, leur cas ne valait pas une exception. L’affaire portée à la connaissance de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde), l’organisme avait proposé une médiation... mais classé le cas dans le domaine des discriminations, une mesure ayant été prise pour les musulmans au détriment des bouddhistes. « Aujourd’hui, on peut gagner en portant plainte pour discrimination raciale dans le cadre d’une cantine », constate le président de SOS Racisme Rhône.
Un « premier pas » Outre ces deux « cas d’école » qui ont lancé la réflexion, la question de l’essor des écoles confessionnelles apparaît en filigrane chez tous les acteurs, religieux, officiels ou associatifs. Le grand rabbin de Lyon, Richard Wertenschald, réitère une réserve qu’il avait déjà eue lors des réunions : « Cette mesure ne pourra totalement satisfaire certains pratiquants et ils continueront de se tourner vers des écoles religieuses. » Du côté des « laïcs », qui ne sont décidément plus ce qu’ils étaient, les concessions sont justifiées par l’augmentation des écoles privées.
Des demandes affluent déjà pour légiférer sur les piscines (que certains veulent ouvertes alternativement aux hommes et aux femmes), les hôpitaux, les équipements publics... « Nous avons unilatéralement répondu non ! », tonne le président de la Licra. Jusqu’à quand ? Et si, comme pour la cantine, 30 % des enfants refusaient de pratiquer certains sports à l’école pour des raisons religieuses ? Chacun se drape dans son intégrité et assure qu’il ne cédera jamais... comme il le faisait hier pour les cantines scolaires ! Car le doute n’existe guère sur les suites de cette affaire : le grand rabbin lui-même qualifie les menus sans viande de « premier pas ». Quand la pression communautaire amènera-t-elle la mairie à faire un second puis un troisième pas ? Une question sur laquelle on aimerait entendre s’exprimer le ministre de l’Éducation nationale. Un peu plus, en tout cas, que sur les samedis chômés, qui eux ont sacrifié à la religion des... loisirs.
Source : Marianne2 du Mercredi 10 Octobre 2007
09:00 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


